mardi 27 janvier 2015

HISTOIRE IRRÉELLE D'UNE JEUNE CRÉATURE JAUNE AU TEINT ROSE


Sa mère lui avait dit de faire attention au soleil de minuit
Mais comme Arista avait un devoir sur les aurores boréals
Elle se dit que nager jusqu’au point le plus au nord de l’île
Serait un jeu d’enfant.

Le voyage durerait bien au moins deux jours
Avait évalué Ofynx l’Ancien.
En peu de temps elle avait bien rempli son estomac et sa bosse dorsale,
Vérifié les signaux de repérage avec tous les membres de sa famille,
Embrassé tout le monde et mis le cap au Nord.

Le vent et la marée aidant
Elle arriva à la pointe de l’île en temps prévu.
Une surprise l’attendait.
Un marsoin lui dit qu’elle était arrivée trop tard pour les aurores boréales,
La saison était maintenant celle du soleil de minuit.

Comment avait-elle pû faire cette erreur de calcul?
De même que l’Ancien, son professeur de géographie.
La tortue curieuse qui avait entendu la conversation
Lui demanda quand était la dernière fois
Que l’Ancien avait fait le voyage jusqu’ici.

Il me semble bien qu’il a dit autour de 425 ans,
Mais parfois sa mémoire vacille, 
Peut-être 500 avait-il ajouté.
Ahh, ça explique tout déclara la tortue.
Il y a 250 ans, un grand nuage a envahi la côte
Et du jour au lendemain les saisons se sont renversées
Heureusement que les récoltes avaient été bonnes cette année-là
Car durant la saison du Soleil de minuit
Personne ne travaille; chacune danse et chante
Pour encourager la Terre durant son accouchement.

La mère de la jeune fille avait bien mentionné un soleil de minuit
Mais rien à propos des grossesses de la Terre.
La sage Tortue, patiente comme toujours, lui expliqua
Que le soleil de minuit avait le rôle d’ensemencer la Terre
De ses puissants rayons et que cette saison ne dure
Que trois jours et trois nuits.
En fait, pendant 72 heures, le soleille brille pendant la nuit.
Et l’année suivante, à la même saison,
 La Terre donnera naissance à nouveau.

Comme la jeune fille aime danser, chanter
Et qu’elle vénère la Mère Terre comme tous les membres de son clan
Elle demande à la tortue de lui enseigner
Les pas de la danse et les chants sacrés.
Je vais plutôt te présenter aux Maîtres de la danse et du chant
Tu apprendras bien plus vite
Et tu pourras te joindre à nos farandoles dès ce soir
C’est à dire à 20h, près du Grand Rocher Doré sur la plage là-bas.
Qu’elle chance que tu arrives maintenant
Quelques heures plus tard et nous n’aurions pû t’inviter.

Aussitôt dit, aussitôt fait
La jeune fille prend les leçons de danse et de chant
Comme elle est enthousiaste et apprend vite
On lui assigne un partenaire expérimenté, Jean,
Un beau grand gaillard avenant au regard clair
Qui l’amène au près du grand feu communautaire
Où un succulent repas les attendait.
Il faut bien faire connaissance
Et prendre des forces, les danses et les chants
Ne cesserant que 72 heures plus tard.

Tu es vraiment arrivée juste à temps lui dit Jean.
Aucune partenaire ne m’avait encore été assignée
Et je n’aurais pas pu danser et chanter cette année.
Grâce à toi, je pourrai à nouveau donner ma vibration à la Terre
Comme tu pourras ajouter la tienne. Elle adore les nouveautés.

Toute cette aventure était bien palpitante
Pour Arista qui ne connaissance que les cérémonies à la lune.
Pour une fois dans sa courte vie, elle écoutait sans poser de question
Ayant l’impression qu’en poser
Pourrait briser quelque chose de précieux,
Le silence et la paix intérieure qui maintenant l’habitaient.

Puis elle pris conscience d’un grand silence autour d’elle
Si profond qu’elle entendit monter une pulsation
Du centre de la Terre, sa première contraction.

À l’unisson, tous les membres de la communauté
Se levère et s’acheminèrent vers le Grand Rocher
En couples, à la file indienne, comme on le lui avait annoncé.
Durant la courte marche, tous les pas s’harmonisèrent
Créant le son d’un doux glissement dans le sable


Les Anciens menaient la marche, suivis des enfants
Des adolescents et des adultes.
Même certains malades avaient laissé leur lit
Pour être portés par leur partenaire
Conscients que leur effort contribuerait à la délivrance.

Le silence étant propice à l’écoute
Arista sentit que son corps cherchait une note,
Ahh, celle de Jean
Un clic se fit, Jean ayant reconnu la sienne
Leurs pas se firent encore plus caressants sur le sol,
Plus légers aussi, mais un peu plus rapides.
La danse avait commencé.
Les respirations de la communauté s’élevèrent
Pour créer un rhythme qui suivait celui
Des contractions et des moments de répit de la Mère.

Et les heures filèrent, à la fois doucement et rapidement
Puis une onde de joie et d’amour jaillit du Grand Rocher
Comme un deuxième soleil innondant toute la plage
Et chacun, avec révérence, mit les genoux par terre
Pour caresser le ventre de la terre
Chantant chacun doucement un son unique
Qui allaient se tresser en une symphonie,
Comme un crystal liquide
Visible à ceux et celles qui peuvent voir dans l’invisible.

La terre s’ouvrit sous le rocher, mais celui-ci demeura suspendu
Flottant au-dessus de l’ouverture
D’où sortit un faisceau de lumière rose parfumée
Chaque couple de danseur s’avança dans le rayon.

Une fois son tour venu avec Jean, Arista sentit
Chaque cellule de son corps purifié
Imprégné d’amour
Comme elle n’avait jamais senti 
Même dans les bras de sa mère.
Puis chaque couple, se relevant, tendirent les mains, paumes ouvertes vers le Grand Rocher
Lui reflétant un peu de la lumière reçue
Puis en une mêlée joyeuse,
Reflétèrent la même chose
À chaque autre couple présent,
Jusqu’au dernier.

Le premier couple d’Anciens, se joignant les mains,
Donna ensuite le signal du Regard des générations
Chaque couple fit de même.
Jean et Arista se donnèrent les mains
Et plongèrent leur regard dans les yeux l’un de l’autre.
Dieux du ciel! Jean! Ta peau est maintenant toute rose!
Jean surpris, lui dit, mais toi aussi! C’est normal,
C’est le résultat du Regard des générations.
Pendant un mois, notre peau restera rose,
Puis le mois prochain, elle prendra une nouvelle couleur
Et chaque mois pendant douze mois, tu retrouveras
La couleur de chacune des tribu de l’Arc-en-ciel.
Maintenant, regarde, la Terre s’est refermée
Le Grand Rocher Doré est maintenant rose
Et bien ancré à nouveau dans le sable.
Lui aussi changera de couleur à chaque mois.

Éblouie, Arista regarda autour d’elle
Constatant que tous avaient maintenant la peau rose.
Cette fois, les enfants avaient pris les devants
Chacun offrant un présent à la Nouvelle Mère
Puis à son ou sa partenaire
Certains des fleurs, d’autres de l’huile, des herbes médicinales,
Des larmes, quelques cheveux argentés, tous uniques, tous généreux.

Arista écrivit avec respect un court poème
Dans le sable:
Mère Terre de tous les mystères, je jugeais le jaune et le rose. Je rêvais de couleurs que je ne connaissais pas. Aujourd’hui, je te remercie pour toutes les couleurs qui sont en moi, qui sont en toi, qui sont en eux et en elles, en nous tous à la fois. Je fais acte de foi: tu es la Mère de toutes les Mères. Et tu es en moi comme je suis en toi, unies par le rose, le soleil de minuit et l’amour du Grand Rocher.
Quelques jours plus tard, ayant refait provision
Arista fit le tour de chaque habitation pour remercier ses hôtes
Et faire un câlin à Jean, aux Maîtres de la danse et du chant
À la tortue et aux marsoins
Puis après un dernier regard au Grand Rocher
Elle plongea dans la mer, prenant le chemin du retour.

À mesure qu’elle approchait de chez elle,
Elle ralentissait un peu, craignant les reproches de sa mère
Et de n’être pas reconnue des siens.
Des enfants sur la plage se mirent à crier et trépigner en la voyant
Sauf une enfant bleue, calme, qui la regardait en souriant.
Elle vint vers Arista et lui pris la main.

Sa mère et Orynx venaient aussi à sa rencontre, les bras ouverts.
Chérie, quel bonheur de voir que tu as choisi d’absorber le rayon rose.
En disant cela, sa mère, Oryx et l’enfant bleue changèrent de couleur!
Mais vous êtes rose aussi! Pourquoi ne pas me l’avoir dit?
Pour ne pas influencer tes choix.
D’ailleurs, tu ne nous voyais qu’en jaune
Simplement parce que ta vision était limitée
Tu verras que bien d’autres
Ne verrons que ta peau jaune
Que jusqu’à ce qu’ils arrivent au bon moment,
À la saison du soleil de minuit.
Comme toi il n’y a pas longtemps,
Ils jugent le jaune et le rose
Mais rêvent de couleurs qu’ils pensent ne pas connaître.

En riant, Onyx ajouta:
Certains te demandront même
De leur enseigner la géographie et
Comment trouver les aurores boréales.

27 janvier 2015













3 commentaires:

  1. Je viens tout juste de découvrir ton jardin à mots, belle récolte, j'adore ce texte très inspirant. Bonne journée ma sorcière colorée ;-)

    RépondreSupprimer
  2. J'adore ce style.. tu m'avais caché que tu avais ce p'tit jardin secret de mots cultivés en douce... ma sorcière colorée!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aime bien ton expression "mon jardin à mots". C'est tout à fait ça. Je ne l'arrose pas assez souvent et ma "Grande Blanche" hésite à le faire connaître bien que l'envie lui en démange.

      Supprimer